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Ça décroche, puis ça flotte. Un projet, un budget, une feuille de route. Et, soudain, l’organisation traverse une zone de turbulences : chaînes de décision brouillées, circuits de validation interminables, arbitrages “en attente”. La gouvernance de transition menée par Jean-Dominique Senard à la présidence de Renault après l’affaire Carlos Ghosn reste un cas d’école.

À retenir

  • La gouvernance de transition illustrée par Jean-Dominique Senard à la présidence de Renault après Carlos Ghosn rappelle qu’en crise, la priorité est de rétablir la confiance et un rythme de décision.
  • Un prestataire B2B qui avance vite rend la gouvernance visible : rôles, RACI, règles d’escalade, décisions tracées et opposables.
  • La relation avec Nissan dans l’alliance (avec Mitsubishi) montre qu’un partenaire peut aussi bloquer : cartographier les pouvoirs évite les boucles de validation.
  • L’héritage Michelin (process, documentation, continuité) reste un avantage compétitif, surtout quand les équipes client tournent.
  • Le départ annoncé en 2027 rappelle qu’un mandat se prépare aussi en sortie : transmission, continuité, et dépendance limitée.

Dans les missions IT, cybersécurité, achats, RH ou marketing, le mur n’est pas toujours technique. Il est souvent politique (au sens neutre) : qui tranche, qui assume, qui finance, qui signe, qui “protège” le dossier au comité ? C’est là que Senard est utile : son approche, plus structurante que spectaculaire, donne des repères. Et son départ annoncé pour 2027 ajoute une couche qu’on néglige trop en B2B : une transition réussie prépare une succession lisible, sinon tout se redébat… et les fournisseurs repartent à zéro.

Gouvernance instable : pourquoi le prestataire B2B doit changer de logiciel

Quand une entreprise traverse une transition, l’acte d’achat se transforme. On n’achète plus seulement “une prestation”. On achète une baisse du risque, une capacité à tenir la route, et parfois une assurance anti-chaos. En effet, le décideur doit pouvoir expliquer sa décision à son DAF, à sa DSI, aux achats, voire à un conseil interne ou un comité d’investissement, noir sur blanc.

La question à poser au kick-off (et qui, dans la vraie vie, arrive bien trop tard) : qui tient la barre quand ça tangue ? Les symptômes se ressemblent : réunions qui se multiplient, validations qui s’étirent, “alignement” permanent, et cette phrase qui plombe les délais : “On va remonter ça au niveau du groupe.” Le prestataire qui cartographie la gouvernance et la rend visible prend un avantage immédiat : il rend l’exécution faisable, sans théâtre.

Repères rapides : qui est Jean-Dominique Senard ?

Jean-Dominique Senard s’est imposé comme une figure industrielle en France, notamment via Michelin où il a exercé des fonctions de direction avant d’en être le président. Ce qui compte ici n’est pas l’aura. C’est la culture du temps long, de la réputation, et du pilotage par processus. Rarement “sexy”. Souvent rentable.

Quand JeanDominique Senard arrive à la présidence de Renault en 2019, le contexte est explosif : crise de gouvernance post-Ghosn, pression médiatique, attentes de l’État actionnaire, relation compliquée avec l’alliance et, notamment, Nissan (avec Mitsubishi en toile de fond). On ne parle pas d’un simple “rebranding”. Il faut remettre une colonne vertébrale décisionnelle, puis la faire accepter.

Après l’affaire Ghosn : stabiliser Renault sans posture héroïque

Après l’arrestation de Carlos Ghosn, Renault doit restaurer une confiance abîmée : salariés, marchés, partenaires, instances de gouvernance. Le piège classique, dans ces moments-là, consiste à confondre vitesse et précipitation. Décider vite, oui. Mais décider “tout seul”, sans capacité d’exécution, fabrique du rework. Et le rework coûte cher, en euros comme en crédibilité.

Ce que montre la période de Senard : une transition solide commence par clarifier les responsabilités, puis par installer un rythme. Qui porte quoi, à quelle fréquence, avec quels critères. Ce n’est pas de la bureaucratie : c’est un système d’exploitation. Pour un prestataire, c’est la différence entre une mission pilotée “au feeling” et une mission pilotée par preuves : décisions actées, risques suivis, jalons tenus, comptes rendus opposables.

Le duo président / directeur : la mécanique que les prestataires doivent comprendre

Dans un grand groupe, le président et la direction n’ont pas le même périmètre. L’un structure la gouvernance, arbitre, représente le cadre au niveau du board. L’autre exécute, pilote l’opérationnel. Dit autrement : les prestataires vendent souvent à l’opérationnel, mais se font juger par la gouvernance, parfois sans le voir venir.

Conséquence pratique : éviter l’erreur (fréquente) de tout miser sur une seule relation, “le sponsor historique”. En transition, cette personne peut perdre la main, changer de poste, ou être remplacée du jour au lendemain. Le bon réflexe : obtenir un accord explicite sur qui décide, qui finance, qui exploite et qui contrôle, avec une règle d’escalade. Une page écrite, validée, suffit parfois à sauver un planning et, au passage, l’ambiance.

Question de gouvernance à poserPourquoi c’est sensible en période de transitionPreuve attendue côté prestataire (format exploitable)Risque business si non traitéSignal d’alerte terrain
Qui est le décideur final (GO/NO GO) ?Les validations se dispersent, surtout si la hiérarchie bougeNom + fonction + périmètre + délégation + règle d’escalade datéeBlocage tardif, rework, dérive planning et pénalités“On attend l’aval du COMEX” sans date
Quel est le sponsor business et son KPI ?Les priorités se réécrivent sous stress budgétaireKPI chiffré + cible + fréquence de revue + ownerProjet jugé “non prioritaire” et geléKPI flou (“améliorer l’expérience”) sans métrique
Quelle place pour les achats ?En transition, le risque fournisseur est davantage scrutéCadre contractuel + SLA + clauses de sortie + gouvernance contractuelleSignature repoussée, négociation sans finAchats réintroduits après 6 semaines de travail
Qui valide architecture et sécurité ?Les DSI resserrent les contrôles quand l’organisation bougeRACI + jalons d’architecture + conformité + PV de revueRefus tardif, audit défavorable, arrêt projet“On verra la sécurité à la fin”

Nissan et l’alliance : gérer un partenaire qui peut aussi freiner

La relation avec Nissan dans l’alliance rappelle une vérité utile : un partenaire peut être à la fois allié, co-décideur, et facteur de blocage. Les intérêts, les calendriers, les priorités ne s’alignent pas naturellement. La gouvernance sert alors de minimum viable : clarifier ce qui relève du commun, ce qui reste souverain, et comment on tranche quand ça coince.

Transposition immédiate en B2B : dans une mission, le prestataire traite souvent avec plusieurs entités (DSI centrale, filiales, directions métiers, parfois un group international). Sans cartographie des pouvoirs, un “oui” obtenu côté métier peut être retoqué côté IT, puis renégocié côté achats. Résultat : boucle. Et la boucle tue le ROI, lentement mais sûrement.

Ce que Michelin a ancré : continuité, méthode, et obsession de la transmission

Michelin est associé à une culture de process, de qualité et de maîtrise du risque. Dans une transition, cette méthode devient un accélérateur, paradoxalement. Pourquoi ? Parce que la continuité d’exploitation passe avant les promesses. Documentation à jour, décisions tracées, rituels de pilotage, SLA compréhensibles par des non-techniciens : ce sont des actifs de mission, réutilisables en comité et en audit.

Une erreur vécue par beaucoup de prestataires : découvrir qu’un projet n’existe que “dans la tête” de deux personnes côté client… puis voir ces deux personnes partir. Tout s’arrête. La culture Michelin (au sens méthode) rappelle qu’une mission solide survit à la rotation parce qu’elle est écrite, structurée et transmissible, y compris à quelqu’un qui reprend le dossier un lundi matin, sans passation.

Décider quand même : la transition n’est pas l’immobilisme

Gouverner en transition, c’est arbitrer avec une information imparfaite. Donc prioriser. Chez Renault, l’enjeu consistait à remettre un rythme de décision, sans promettre des miracles immédiats. Pour un prestataire, l’équivalent est familier : livrer des quick wins sans casser la trajectoire, et sans “vendre” une lune qui se dégonfle au premier gel budgétaire.

Une méthode utile : proposer un plan en deux vitesses. D’abord des actions à 30 jours (sécuriser un périmètre, stabiliser un outil, réduire un irritant majeur). Ensuite une trajectoire à 90–180 jours (architecture, industrialisation, conduite du changement). Ce découpage évite le piège du “tout, tout de suite” qui rassure sur le moment, puis explose au premier arbitrage budgétaire.

Livrable “transition”Contenu détaillé (niveau opérationnel)Données chiffrées à inclureQui valide côté clientDécision débloquée
Plan 30/60/90 joursObjectifs, périmètre, dépendances, jalons, critères d’acceptation, plan de comDates + capacité (jours-homme) + budget + charge DSI + charge métiersDirecteur de programme + achats + sponsorLancement cadré et séquencé
Registre des risquesRisque, probabilité, impact, mitigation, propriétaire, date de revue, statutScore 1–5 + coût estimé + délai d’impact + seuil d’escaladePMO + DSI + contrôle interneArbitrages rapides sur les points bloquants
RACI de gouvernanceQui décide, exécute, est consulté, informé + suppléants + règles d’escaladeNoms + fonctions + disponibilité + fréquence des comitésDirection + PMOFin des validations fantômes
Compte-rendu décisionnelDécisions, options écartées, actions, échéances, impacts, pièces jointesNuméro de décision + statut + date + responsable + preuveComité de pilotageRéduction des retours arrière

2027 : départ annoncé, mandat borné, succession à préparer

L’annonce d’un départ prévu en 2027 rappelle une évidence : un mandat a une fin. Une transition réussie ne cherche pas à durer. Elle prépare un après lisible. Pour le groupe Renault, cela implique une succession planifiée, une gouvernance stabilisée, une trajectoire compréhensible par l’écosystème en France et dans le monde.

Pour les prestataires, la leçon est inconfortable mais rentable : savoir sortir proprement. Organiser la transmission, rendre la doc exploitable, former, laisser des indicateurs. Rendre le client dépendant paraît tentant à court terme ; pourtant, c’est fragile dès qu’un sponsor change, et le dossier repart en compétition “pour sécuriser”. Résultat : l’historique ne protège plus, il devient un handicap.

Traduction commerciale : vendre de la stabilité, pas du jargon

En phase instable, l’argumentaire qui gagne n’est pas le plus brillant. C’est le plus clair. Quatre angles simples, actionnables :

  • Gouvernance : “Voici comment les décisions seront prises, tracées et arbitrées.”
  • Risque : “Voici ce qui peut dérailler, avec un registre et des seuils d’escalade.”
  • Continuité : “Voici comment le service tient malgré les rotations d’équipes.”
  • Pilotage : “Voici les indicateurs, la fréquence, et les preuves livrées.”

Un détail qui change tout : intégrer ces éléments dans la proposition commerciale, pas uniquement en delivery. Dans une entreprise en transition, l’achat devient défensif. Le dossier doit aider un DSI, un DG ou les achats à justifier la décision, y compris face à une direction qui demande “qu’est-ce qui nous protège si ça dérape ?”.

Sur le terrain : reconnaître un client en “mode transition”

Les signaux faibles sont connus, et pourtant on les minimise : décisions plus lentes, sponsors multiples, priorités qui bougent, réunions qui gonflent. Parfois, tout le monde “participe”, donc personne ne tranche. La question utile : le projet ralentit-il à cause de la solution… ou de la gouvernance ? Posée tôt, elle évite des semaines de faux débats.

Dans les grandes organisations basées à Paris comme ailleurs, un autre marqueur apparaît : la peur de l’erreur. Les circuits de validation s’allongent “pour se couvrir”. Le prestataire pertinent ne force pas. Il structure : options, impacts, décision attendue, date limite. Et il fournit des images de pilotage simples (tableau de bord, registre, décisions), pas des slides décoratifs qui finissent dans un dossier “version finale v12”.

Erreurs fréquentes des prestataires : celles qui coûtent cher en période instable

Première erreur : confondre vitesse et précipitation. Livrer vite des éléments non arbitrés crée du rework. Deuxième erreur : surinvestir une relation unique, parce que “c’est le sponsor historique”. Troisième erreur : négliger les instances au-dessus (comités, équivalent de conseil) là où se verrouillent réellement les arbitrages.

Une règle terrain, un peu brutale : en période instable, un projet meurt rarement par manque d’idées. Il meurt parce que personne n’assume la décision suivante. Et quand personne n’assume, le fournisseur devient le bouc émissaire idéal, même s’il a livré ce qu’on lui demandait.

Données et repères concrets à réutiliser en comité

Pour alimenter un comité, il faut du factuel. Par exemple : en 2024, Renault Group a publié un chiffre d’affaires de 52,4 Md€ (IFRS) et une marge opérationnelle à 7,9% (records à l’échelle du groupe sur la période récente), ce qui illustre un retour à une exécution plus solide après la crise de gouvernance. Ce type de repère ne “prouve” pas tout, toutefois il crédibilise un discours : la stabilisation passe par des mécanismes, pas seulement par des slogans.

Autre repère utile : la transformation industrielle et le pilotage se mesurent. KPI de disponibilité, délai moyen de validation, taux de rework, respect des SLA, taux d’incidents critiques. C’est ici que le prestataire doit sortir du flou et parler “données” : data exploitable, décisions traçables, et même un code de classification simple (critique/majeur/mineur) pour éviter les débats sans fin.

La bonne gouvernance, c’est un produit vendable

La gouvernance de transition façon Jean-Dominique Senard montre une vérité que le B2B oublie parfois : la valeur ne se limite pas à délivrer. Elle consiste à sécuriser la décision, réduire l’incertitude, et rendre l’exécution possible quand l’organisation se recompose. À l’approche de 2027, la succession à la présidence de Renault remet la continuité au centre. Les prestataires qui gagneront demain ne seront pas ceux qui promettent le plus, mais ceux qui prouvent, qui documentent, et qui savent transmettre. La stabilité n’est pas un “à-côté”. C’est l’offre.

Sources (liens de référence)

  • https://www.renaultgroup.com/en/finance/
  • https://www.renaultgroup.com/en/news-on-air/news/
  • https://www.michelin.com/en/finance/
  • https://www.nissan-global.com/EN/IR/
  • https://www.reuters.com/world/europe/
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