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Quand une activité patine, le réflexe est souvent le même : augmenter le budget de communication, lancer une promo, “faire plus de bruit”. Pourtant, sans comprendre d’où viennent les clients, et surtout pourquoi ils viennent (ou ne viennent pas), la stratégie ressemble vite à un arrosage au hasard. La zone de chalandise sert justement à remettre de l’ordre : voir clair sur un territoire réel, ses habitudes, ses contraintes, et transformer ces constats en décisions concrètes.

Vous voulez attirer plus de clients, mais lesquels… et d’où viennent-ils ?

Avant de penser acquisition, il y a une étape rarement glamour, mais décisive : regarder sa clientèle en face. Pas une clientèle fantasmée. La vraie. Celle qui passe, celle qui compare, celle qui renonce. En effet, beaucoup d’actions de marketing échouent simplement parce qu’elles visent la mauvaise zone, au mauvais moment, avec la mauvaise promesse. Et cela coûte vite cher, surtout quand la vente dépend d’un flux local et que le marché impose ses règles.

La question est donc très simple : les clients actuels viennent-ils du même endroit que les clients potentiels visés demain ? Si la réponse reste floue, il devient difficile de choisir un canal, un message, un quartier, ou une tournée de prospection. À ce titre, travailler la zone de chalandise aide aussi à attirer des clients de façon plus régulière, en concentrant l’effort là où il a une chance réelle de convertir.

Zone de chalandise : définition simple (et utile)

La zone de chalandise, c’est le périmètre d’où proviennent — ou pourraient provenir — les clients d’un point de vente ou d’un service local. Dit autrement : la zone qui “alimente” l’activité. On l’utilise pour dimensionner une stratégie, estimer un marché, préparer une implantation, ou ajuster une offre de produits et de services.

Point important : une zone ne se résume pas à un cercle sur une carte. Il y a la zone géographique (où se trouvent les clients) et la zone comportementale (comment ils se déplacent, ce qu’ils acceptent comme effort, leurs habitudes de consommation, leurs horaires). Deux rues peuvent être proches sur le papier et pourtant très éloignées dans la réalité : un axe coupe la ville, le trafic est saturé, ou un pôle de concurrence détourne le flux.

Dans une franchise ou une entreprise multi-sites, cette lecture évite un piège classique : penser que deux points voisins ont le même marché. En pratique, la zone active diffère souvent, et les clients ne choisissent pas seulement “le plus proche”.

Primaire, secondaire, tertiaire : trois zones, trois logiques

Classiquement, une zone de chalandise se découpe en trois zones. Ce n’est pas une règle gravée dans le marbre. Toutefois, c’est une lecture efficace pour piloter la vente, la communication et les campagnes.

  • Zone primaire : la zone la plus proche, celle qui génère le plus de clients, avec le meilleur taux de conversion. Ici, l’effort paie vite… mais l’attente est forte : expérience, disponibilité, visibilité.
  • Zone secondaire : des clients prêts à faire un effort supplémentaire (distance, temps, organisation). Le potentiel est réel, mais il faut une bonne raison de venir : choix, prix, service, différenciation.
  • Zone tertiaire : la zone plus large, souvent moins rentable en acquisition directe. Pourtant, elle sert à la notoriété, aux tests, aux opérations ponctuelles, ou à capter une clientèle de passage.

Ce découpage aide à prioriser : conversion d’abord dans la zone primaire, conquête progressive dans la zone secondaire, visibilité maîtrisée dans la zone tertiaire. Sans hiérarchie, la stratégie se disperse, et les données deviennent difficiles à comparer entre zones.

Les bonnes questions avant d’analyser (sinon, tout part de travers)

Une erreur fréquente consiste à croire que la zone se dessine naturellement autour du point de vente. En réalité, la distance n’est qu’un facteur parmi d’autres. Le temps de trajet compte souvent davantage, tout comme l’accessibilité, le stationnement, l’attractivité perçue, et bien sûr la concurrence.

Avant même de lancer une analyse, quelques questions simples évitent de viser à côté :

  • Quels sont les jours et les heures où la clientèle est la plus dense ?
  • Quels freins reviennent (accès, attente, prix, choix, offre) ?
  • Quels concurrents aspirent les flux, même s’ils sont un peu plus loin ?
  • Quelle part de clients vient par habitude, et quelle part compare ?

Cette mini check-list paraît basique. Pourtant, elle recadre la zone sur le réel : des flux, des arbitrages, des contraintes. Et, concrètement, elle prépare aussi les critères qui serviront ensuite à trancher.

Partir de vos données (même incomplètes), puis compléter intelligemment

Une zone de chalandise solide commence rarement avec un outil. Elle commence avec des données internes, parfois imparfaites, mais déjà utiles : tickets avec code postal, adresses de livraison, prises de rendez-vous, demandes entrantes, CRM, base de devis. Tout cela permet de localiser les clients, d’observer les points de concentration et de dessiner une première zone cohérente.

Quand les données manquent, la tentation est grande de remettre à plus tard. Erreur classique — et vécue : attendre “le bon reporting” fait perdre des semaines. Dans ce cas, l’observation terrain devient précieuse : questions rapides au comptoir, retours des équipes, provenance lors d’événements, analyse des avis, données publiques. Ce n’est pas nickel, mais c’est souvent suffisant pour analyser et éviter des décisions à l’aveugle.

Calculer et tracer la zone : isodistances, isochrones… et un peu de bon sens

Deux approches dominent quand il faut calculer et tracer une zone : l’isodistance et l’isochrone. L’isodistance dessine un périmètre en kilomètres. L’isochrone, elle, dessine un périmètre en temps (5, 10, 15 minutes…).

Concrètement, l’isodistance fonctionne bien dans des environnements simples : zones rurales, axes fluides, faible variation du trafic. L’isochrone devient plus parlante en ville, avec sens uniques, ponts, transports, bouchons. Simple ? Pas totalement. Parce qu’une zone “à 10 minutes” n’a pas le même visage selon l’heure, la météo, ou la saison.

Dans la pratique, il est souvent pertinent de croiser les deux : une zone en temps pour coller au réel, et une zone en distance pour comparer plusieurs sites, plusieurs zones, ou plusieurs hypothèses d’implantation. C’est aussi là que l’on commence à mieux analyser les écarts entre clientèle existante et clientèle potentielle.

Concurrence : les vrais voisins ne sont pas toujours ceux d’à côté

La concurrence ne se limite pas aux enseignes situées à côté. Les concurrents “réels” sont ceux qui captent le même besoin, avec une promesse comparable, sur la même fenêtre d’effort acceptable. Un acteur un peu plus loin, mais mieux placé sur un axe, peut peser davantage qu’un voisin discret.

Pour lire une zone sous pression, quelques signaux aident : densité d’enseignes, présence d’un pôle commercial, habitudes locales, niveau de différenciation. Une méthode simple consiste à noter, pour chaque concurrent, 3 points : prix, assortiment, accessibilité. Ensuite, replacer tout cela sur la carte. La zone n’est plus abstraite : elle devient un terrain de décision, utile pour affiner les actions.

Évaluer le potentiel : population, profils, consommation et réalité du marché

Une fois la zone tracée et la concurrence positionnée, vient l’étape que beaucoup sautent : estimer le potentiel. Il ne s’agit pas de prédire un chiffre au centime près, mais de transformer des données externes en hypothèses. La population, l’âge, les catégories socio-professionnelles, les flux domicile-travail, les pôles d’emploi, le tourisme… tout cela décrit un marché, donc des attentes.

Pour objectiver, l’INSEE est une source simple à mobiliser : structure de population, revenus, dynamiques du territoire. Ensuite, le lien avec le terrain se fait rapidement : une amplitude horaire adaptée, une offre plus ou moins spécialisée, des services utiles, une politique commerciale cohérente. La consommation locale sert de garde-fou : elle évite de surdimensionner une stratégie ou de viser une clientèle qui n’existe pas, ou pas assez, dans la zone.

Outils pour cartographier (sans y passer des journées)

Les outils ne manquent pas, et c’est justement le piège : se perdre dans la fonctionnalité au lieu d’avancer. Côté gratuit, des cartes en ligne et des services de géolocalisation suffisent pour un premier tracé de zone et une visualisation des secteurs. Côté payant, des solutions de géomarketing permettent de croiser davantage de données, de segmenter la clientèle, d’évaluer un marché et de comparer des scénarios d’implantation.

Par exemple, Smappen peut rendre service pour générer des isochrones, comparer des zones et sortir une carte propre rapidement, notamment quand l’objectif est de tester un nouvel emplacement ou de préparer une logique de distribution. L’idée reste la même : partir d’un objectif, puis alimenter l’outil avec des données crédibles.

Avant d’ouvrir un outil, trois préparations évitent de tourner en rond : une liste d’adresses clients (même partielle), les points de vente (actuels ou envisagés), et un objectif clair (augmenter la vente locale, réduire l’érosion, conquérir une zone secondaire, etc.). Sans ces éléments, l’analyse s’étire… et la stratégie n’avance pas.

Une méthode en 7 étapes pour analyser et décider

Voici un déroulé simple, utilisé sur le terrain, qui produit des livrables concrets — pas juste une carte jolie :

  • 1) Objectif commercial : clarifier la priorité. Livrable : une phrase d’objectif et un indicateur (trafic, conversion, panier, ventes).
  • 2) Collecte des données clients : tickets, CRM, livraisons, rendez-vous. Livrable : un fichier propre (codes postaux/adresses).
  • 3) Choix du périmètre de départ : une première zone large pour ne pas biaiser. Livrable : un périmètre initial.
  • 4) Tracé (temps/distance) : isochrone et/ou isodistance. Livrable : une carte de zones lisibles.
  • 5) Ajout de la concurrence : repérer les points qui détournent le flux. Livrable : une carte annotée avec les concurrents.
  • 6) Estimation du potentiel : relier données externes et cohérence d’offre. Livrable : 3 à 5 hypothèses testables.
  • 7) Décisions et test terrain : choisir 1 à 3 actions. Livrable : une liste d’actions, un calendrier, une mesure.

Ce cadre évite l’écueil classique : une belle carte… sans décision derrière. Or une zone de chalandise n’a d’intérêt que si elle déclenche une stratégie et des tests, puis une amélioration continue.

Comment l’utiliser dans une stratégie commerciale (sans s’éparpiller)

Une fois la zone clarifiée, les actions deviennent plus évidentes. La zone primaire sert à travailler la conversion : signalétique, expérience, horaires, relances, offre simple. La zone secondaire est idéale pour la conquête : ciblage de campagnes, partenariats locaux, opérations coordonnées, prospection plus structurée. La zone tertiaire se travaille plutôt en notoriété et en essais, avec des actions moins coûteuses et mieux cadrées.

Le géomarketing prend ici tout son sens : choisir où distribuer, où annoncer, où démarcher, où renforcer la présence. La stratégie gagne en précision, et les données de résultat (trafic, vente, nouveaux clients) deviennent comparables d’une zone à l’autre. C’est souvent là que le “avant/après” se voit le plus, notamment pour une entreprise qui pilote plusieurs secteurs en parallèle.

Cas d’usage GMS : deux magasins à 10 minutes, deux zones différentes

En grande distribution, la zone de chalandise dépend rarement d’un simple rayon. Deux magasins proches peuvent jouer des fonctions opposées : l’un “destination” (choix, prix, largeur d’offre), l’autre “dépannage” (rapidité, accessibilité). La concurrence environnante, la facilité d’accès, la présence d’autres pôles, et les habitudes d’achat pèsent énormément.

Résultat : l’assortiment ne se pilote pas de la même manière, les promotions non plus, et la communication locale doit coller à la zone réellement active. Dans un cas, il faut protéger la zone primaire. Dans l’autre, il faut élargir la zone secondaire avec une promesse claire, sinon les clients arbitrent ailleurs. Et, oui, le marché local tranche vite.

Erreurs fréquentes (et comment les éviter)

Certaines erreurs reviennent, même dans des organisations expérimentées :

  • Confondre une zone théorique (un cercle) avec la réalité des flux.
  • Ignorer la concurrence, ou au contraire la surestimer sans l’observer.
  • Se baser sur une seule source de données, alors que chaque source a ses biais.
  • Oublier la saisonnalité, et les jours/horaires qui changent la zone réelle.

Le bon réflexe : vérifier, croiser, puis tester. Une analyse utile n’est pas impeccable, elle est actionnable. Et, progressivement, elle devient une fonction de pilotage, pas un exercice ponctuel.

Petits signaux terrain qui valent de l’or

Le terrain complète les données, et parfois les contredit. Observer un parking, repérer les pics horaires, écouter les questions récurrentes, noter les hésitations au moment de payer, lire les avis : tout cela raconte la zone de chalandise au quotidien. Selon le contexte, regarder les flux piétons ou les provenances perçues peut aussi éclairer la clientèle et aider à repérer des clients potentiels.

Pour que ces signaux servent vraiment la stratégie, ils doivent être consignés. Un tableau simple, partagé, mis à jour chaque semaine, suffit. Progressivement, la zone devient un objet vivant, relié à des décisions, pas à des suppositions.

Plan d’action sur 30 jours (simple, mais efficace)

Pour avancer sans se noyer, un rythme sur quatre semaines fonctionne bien :

  • Semaine 1 : récupérer, nettoyer et classer les données clients.
  • Semaine 2 : tracer et comparer 2 à 3 zones (temps et/ou distance) via une carte.
  • Semaine 3 : lire le marché, positionner la concurrence, estimer le potentiel (population, consommation, profils).
  • Semaine 4 : lancer un test de marketing local et mesurer (trafic, vente, nouveaux clients, ventes).

En fin de mois, la zone n’est plus une notion floue : ce sont des zones hiérarchisées, des points de friction identifiés, un emplacement mieux compris, et une liste d’actions mesurables. Et surtout, une base pour discuter avec une équipe, un franchiseur, un associé, sans rester dans l’impression.

Garder la zone de chalandise “vivante” (sinon, elle ment)

Une zone de chalandise n’est jamais figée. Travaux, nouvelle enseigne, changement de flux, évolution de la concurrence : tout peut déplacer la clientèle. Une mise à jour trimestrielle ou semestrielle suffit souvent, à condition de suivre trois indicateurs simples : trafic, panier, part de nouveaux clients.

Au fond, la zone sert à une chose : décider avec moins d’intuition et plus de réalité. Et quand la stratégie s’appuie sur des données, même imparfaites, les efforts deviennent plus ciblés, plus cohérents, et plus rentables — pour le business, comme pour le client, et pour le magasin quand il doit tenir ses chiffres dans la durée.

Sources :

  • insee.fr
  • smappen.com
  • https://www.data.gouv.fr/reuses/outil-de-zones-de-chalandise
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